Association québécoise des joueurs de dames


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Partie analysée (Ton Sijbrands vs Marcel Deslauriers) jouée en 1972

Au dernier numéro, nous vous présentions une partie analysée provenant du tout premier championnat canadien. En voici une maintenant tirée du livre “The Fascinating world of draughts” commémorant le 50e anniversaire de la Fédération mondiale du jeu de dames (FMJD).

Cette partie est particulièrement intéressante parce qu’elle est analysée par le légendaire Ton Sijbrands et qu’il s’agissait de loin (selon lui) sa plus belle partie du tournoi au cours duquel il a conquit son premier titre mondial. Fait encore plus intéressant, elle implique notre canadien Marcel Deslauriers. Voici les commentaires de Sijbrands.

Au début de la quatorzième ronde, j’ai dû partager la première place avec Andreiko, qui comme moi, affichait un score de “plus 8”. Wiersma avait deux points de moins, alors que Gantwarg avec un point de moins mais une partie de plus se trouvait à une distance “virtuelle” encore plus grande des deux premiers. Comme Andreiko devait rencontrer Kuyken, les chances étaient bonnes pour qu’une victoire de ma part contre l’erratique mais brillant Canadien, qui avait réussi à annuler contre les trois grand-maîtres soviétiques, fasse de moi le meneur.

  Tournoi Championnat du Monde 1972 aux Pays-Bas
Blancs : Ton Sijbrands (2)
Noirs: Marcel Deslauriers (0)


1. 33-29 (19-23) 2. 35-30 (13-19) Ce mouvement, de sa propre invention, avait déjà été joué par le canadien Deslauriers dans son match de championnat du monde 1958 contre Kuperman. Mais curieusement, c’est Kuperman qui a popularisé ce mouvement 2. ... (13-19) comme défense contre l’une des variantes Roozenburg du début.
3. 30-25 (19-24) 4. 39-33 (14-19) 5. 25x14 (09x20) 6. 44-39 (04-09 ?) C’est peut-être une question de goût, mais il me semble que ce mouvement est imprécis. Un coup plus logique et solide me semble être ... (08-13) 7. 32-28 (23x32) 8. 37x28 (20-25) 9. 29x20 (25x14) comme il avait été joué à peine une semaine avant dans la partie Kuyken-Aliar. Dans d’éventuelles parties, où Kuperman jouait Noirs contre Tchizhov (WC 1990), Gantwarg (Paris 1993), Macodou N’Diaye (WC 1994) et Schwarzman (Harderwijk 1995) le même mouvement fut joué.
7. 32-28! (23x32) 8. 37x28 Pour des raisons évidentes les Noirs n’ont d’autre chose à jouer que cet échange 2x2 8...18-23 etc, avec comme conséquence - différente après 6...08-13 ou directement 20-25x14 - une aile gauche supérieure lourde.
8. ... (18-23) 9. 29x18 (12x32) 10. 38x27 (08-13) 11. 41-37 (10-14) 12. 50-44 (05-10) 13. 46-41 (02-08) 14. 33-28! Les Blancs empêchent la pièce 19 de sortir et se faisant occupent le centre.
14. ... (07-12) 15. 42-38 (17-21) Également après 15...12-18 (ou en premier 15...01-07 16. 47-42/38-33 et seulement là 16...12-18) 16. 27-22! 18x27 17. 31x22 les Noirs devront rechercher le côté du damier d’une façon ou d’une autre.
16. 37-32 (13-18) 17. 39-33! (09-13) 18. 34-29! Thématique, mais très utile aussi: sans les deux derniers mouvements des Blancs, les Noirs auraient pu développer leur aile gauche grâce à une sortie de type Molimard 24-29x29(x29) après tout.
18. .... (03-09) 19. 41-37 (20-25) 20. 29x20 (15x24) 21. 27-22! (18x27) 22. 31x22 (21-26) 23. 36-31!

Diagramme:
N: 1-6-8-9-10-11-12-13-14-16-19-24-25-26
B: 22-28-31-32-33-37-38-40-43-44-45-47-48-49

À ce moment, et même présentement, j’étais et je suis toujours fier de ce mouvement. Il présente l’avantage de tenir le plus de pièces possible sur le damier, alors qu’en même temps les Blancs n’ont rien à craindre de l’empiètement après 23....12-18 24.31-27! Au contraire! Je dois toutefois admettre que je n’aurais probablement jamais vu 36-31-27, si je n’avais pas à l’âge de 12 ans expérimenté avec les parties de Baba Sy. Jan Bom m’a également montré quelques parties où l’occupation fermée du “cimetière”, mais en l’absence du trèfle ennemi (16-21-26), apparaissait tout simplement puissante.
23. ... (12-17?) Même si les Noirs occupent une position inférieure, le dernier mouvement représente une sérieuse erreur de position. Avec la position Ghestem qui résulte de la manoeuvre 12-17-21, les Blancs auront stratégiquement raison, sans même fournir un effort.
24. 43-39 (17-21) 25. 31-27 (01-07) 26. 40-34 (07-12) 27. 34-29 À partir de ce moment l’attaque des Blancs se joue toute seule.
27. ... (10-15) 28. 29x20 (15x24) 29. 45-40 Les Blancs peuvent en toute impunité abandonner la formation 45/40/34, puisqu’ils n’ont pas à craindre l’avance 12-18-23. Un exemple: 29. ... (12-18) 30. 40-34 (ou bien peut-être même 30. 40-35! afin de prévenir des Noirs 30...24-30).
30. ... (18-23?) 31. 44-40 (08-12) 32. 40-35 (12-18) 33. 49-44! (11-17) 34. 22x11 (06x17) 35. 48-42! (14-20) 36. 47-41 (09-14) 37. 41-36 et les Noirs doivent déjà donner une pièce.
29. ... (24-29) 30. 33x24 (19x30) 31. 38-33 Bien sûr les Blancs doivent considérer la menace 31. ...11-17!, 32. ...16x07! et 34. ...7-11+.
31. .... (14-19) 32. 40-34 (19-24) 33. 34-29 (12-18?!) Ceci donne même aux Blancs un gain forcé. Mais après 33...(13-19), 34. 29x20 (25x14) les Noirs ne s’en seraient probablement pas sortis.
34. 29x20 (25x14) 35. 44-40 (14-19) 35...14-20? échoue sur 36. 37-31! et 38. 40-34+.
36. 49-44!
36. ... (9-14) Après 36...(30-35) suivra 37. 39-34! (mais pas 37. 40-34? parce que 37...26-31 et 38...16-21 etc.) et maintenant trois courtes lignes:
  • 37... (9-14), 38. 37-31! et 40. 33-29+

  • 37. ... (11-17), 38. 22x11 (06x17), 39. 27-22! (18x29) 40. 34x12 (17x08), 41. 28-23! avec une percée gagnante après 40-34-29-24 etc.

  • 37. ...(18-23), 38. 44-39! (35x44), 39. 39x50 (11-17), 40. 22x11 (06x17), 41. 33-29! et gagne.

  • 37. 33-29! Le coup final. Les Noirs se retrouvent devant un choix désagréable entre d’une part 37...(30-35), 38. 39-34! (ou aussi 37... (8-12), 38. 40-34+) ou d’autre part la combinaison qui décidera de la partie:
    37. ... (14-20) 38. 28-23! (19x17) 39. 29-23 (18x29) 40. 27-22 (17x28) 41. 32x14 et après deux mouvements superflus (41. .... (13-19) 42. 14x23 (08-13) 43. 40-34) Deslauriers abandonne.

    NOTE: Deslauriers avait 67 ans lors de cette partie. Ce fut sa dernière participation au championnat du monde, lui qui est le seul non-Européen à avoir remporté le titre (en 1956).



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